Jean-Paul II en confidence

16 octobre 1994 :: La Croix, de Bruno Chenu

Le titre est sans ambiguïtés. Le livre de Jean-Paul II qui parait ce mardi est un livre d’espérance. Ou, plus précisément, «de joie et d’espérance». Exactement la traduction des premiers mots du texte de Vatican Il sur l’Église dans le monde de ce temps : Gaudium et spes. Celui quia participé à sa rédaction n’en finit pas d’en faire le commentaire, répétant l’exhortation du Christ à ses disciples : «N’ayez pas peur!» N’ayez pas peur du mystère de Dieu, n’ayez pas

Meur de la vérité sur homme

Pour ancrer l’espérance dans un monde enténébré, Jean-Paul II joue sur trois registres : celui de l’enseignement, celui de la confidence et celui du témoignage. Il est tour à tour docteur, ami et évangéliste. C’est sa manière à lui de réaliser son ministère de « serviteur des serviteurs de Dieu ».

Enseignant, Jean-Paul II l’est quand il explique la prière chrétienne, les preuves de l’existence de Dieu, la différence entre le christianisme et les autres religions. Il cite spontanément Thomas d’Aquin, Hegel, Ricmur et Lévinas. Mais son séminaire a été le Concile Vatican II, Pentecôte de l’Esprit-Saint, « début d’une ère nouvelle dans l’histoire de l’humanité ».

À ce professeur de philosophie et théologie, il est permis de préférer l’ami qui nous met dans la confidence de son itinéraire personnel, même s’il faut attendre 150 pages pour cela Quand Jean-Paul II se met à évoquer l’école primaire, l’église paroissiale et la synagogue de Wadowice, son amitié avec le juif Jerzy, qui dure toujours, le texte prend tout à coup une épaisseur humaine et l’auteur devient d’une étonnante proximité. De même, quand il parle des jeunes et de sa découverte de l’amour humain à travers les couples qu’il rencontrait. Pas étonnant qu’il avoue: «L’homme m’a toujours passionné.»

Mais en tout cela, le Pape se veut avant tout l’apôtre du Christ. «Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile». Le Christ est le seul sauveur de l’humanité et l’Église ne prend sens qu’à partir de lui. Car « il existe Quelqu’un qui tient dans ses mains le sort de ce monde qui passe… Ce Quelqu’un est Amour, l’Amour fait homme, l’Amour crucifié et ressuscité.»

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